La mode du zéro déchet

Il était une fois la mode du zéro déchet. D’un mode de vie basé sur la réduction des déchets, le zéro déchet est devenu une mode, réduite aux achats de biens durables et/ou sans emballages. La mode du zéro déchet est une tendance de consommation alors que, selon moi, le zéro déchet c’est aussi, et surtout, le refus d’une sur-consommation traditionnelle.

Je partage avec toi ce que je pense de la mode du zéro déchet, l’intérêt de regarder nos déchets d’une façon plus large, pourquoi tout ce que nous achetons est un déchet en puissance et 2 habitudes pour pratiquer le zéro déchet en évitant de tomber dans la mode du zéro déchet.

Le paradoxe de la mode du zéro déchet

Quoi Cécile ?!! Déjà que tu nous enquiquines la vie avec ton recyclage pointilleux, tes achats sans emballages, tes refus de pailles en sortie, ton régime presque végétarien et j’en passe … Maintenant tu vas aussi nous limiter dans nos achats et nous obliger à acheter d’occasion !??! Non mais tu vas aller jusqu’où comme ça ?!?!

Je sais j’aborde un sujet délicat, un sujet qui fâche, un sujet avec encore beaucoup d’idées reçues parce que nous vivons dans une société qui est passée du “je pense donc je suis” à “je consomme donc je suis”. Beaucoup de personnes n’ont pas du tout envie de remettre en question leurs achats de vêtements, de produits high-tech ou même de produits estampillés “zéro déchet” (il y a une recrudescence de boutiques en ligne zéro déchet, tu as remarqué ?). J’en fais aussi partie : ces 2 dernières années nous avons investi un certain budget dans notre démarche zéro déchet (en contenants par exemple).

la mode du zéro déchet

Alors oui acheter une gourde pour éviter les bouteilles plastiques d’eau c’est un (petit) “mal” pour un (grand) “bien”, nous sommes bien d’accord. MAIS tu avoueras que c’est tout de même un peu paradoxal de produire et de consommer dans le but de réduire, non ? Ce paradoxe c’est déjà le signe que nous tombons bien dans une mode du zéro déchet.

A l’échelle d’une famille, ce n’est pas sans doute pas si grave mais si on réfléchit à plus grande échelle et qu’en plus la liste des produits “durables” s’allonge, cela peut avoir des répercussions négatives. Par exemple créer un nouveau business pas si vert que ça. Qui sait si un jour on n’apprendra pas que le fameux “inox recyclable” n’est pas recyclé ? Une autre répercussion est aussi d’augmenter le stock de produits manufacturés que la planète devra tôt ou tard absorber (et doit déjà absorber en terme de production et de transport).

J’ai le sentiment

  • que le zéro déchet est parfois présenté (et compris) comme une démarche qui vise à remplacer des objets jetables en plastique par d’autres objets plus durables,
  • que l’économie planétaire et l’humain ont trouvé un nouveau terrain de consommation,
  • que nous adoptons des changements qui en reviennent toujours au même dans le fond, donc ne sont pas de “vrais” changements.

Finalement nous ne nous attaquons pas aux “vrais” problèmes de fond et, contrairement à ce que nous croyons, nous reproduisons peut-être toujours plus de la même chose sous des apparences de solutions radicales ?

Nous consommons certes différemment, mais nous consommons toujours. Or le problème écologique d’ampleur mondial que nous vivons n’est-il pas lié à notre société de consommation justement ?

Le zéro déchet ce n’est pas (uniquement) mieux recycler

Mieux recycler c’est bien, c’est même fondamental évidemment ! Mais c’est une goutte d’eau dans l’océan des déchets qui englouti notre planète toute entière. C’est loin, très loin d’être suffisant. En plaçant la solution au niveau du tri des déchet, nous ne faisons que déplacer le problème, nous ne nous attaquons pas à la source. Mais cela nous donne bonne conscience.

Je suis la 1ère à m’en rendre compte ! Depuis le début de l’année, je fais tous les mois l’inventaire de notre bocal-poubelle “tout venant” (tu peux aller découvrir notre inventaire de janvier et notre inventaire de février). Le peu de déchets qu’il contient me rendait personnellement très fière. Mais cela ne veut pas dire que nous ne jetons plus de plastique ! Sauf qu’en le mettant dans la poubelle jaune, nous ne le voyons même plus, nous nous en contentons et nous avons bonne conscience.

C’est d’ailleurs pour cela que j’ai décidé d’assumer, dans notre inventaire mensuel de déchets “tout venants”, nos déchets plastiques non recyclables selon moi.

Les consignes de tri étendu vont pourtant dans ce sens : “jetez tout ce qui est plastique dans la poubelle de recyclage, nous nous chargerons du reste” (autrement dit du tri). Personnellement je pense que cela présente des avantages (simplicité, optimisation du recyclage, recherche d’amélioration des centres de tri pour mieux recycler) mais aussi des inconvénients. Cela déresponsabilise les gens. Non pas qu’il faille les rendre coupables mais responsables de leurs choix d’achat. Rappelons que 74% du plastique jeté n’est pas recyclé (cette source indique même 90,3%). Avant même de penser recyclage, il faut penser “comment éviter le recyclage ?“. Dans cet article je te donne quelques astuces pour démarrer dans le zéro déchet.

Le zéro déchet ne se limite pas aux emballages

De la même manière, si le zéro déchet s’arrêtait à nos courses alimentaires, nous aurions certes encore quelques progrès à faire avec ma famille mais cela ne représente que quelques produits seulement (comme le beurre, le vin, la crème par exemple).

Et même en dehors des nos courses alimentaires, nous générons très peu de déchets. Nous consommons le plus possible sans emballage quand c’est possible. Et nous demandons par exemple lors de nos quelques commandes en ligne d’éviter dans la mesure du possible les emballages liés à l’expédition (ça fonctionne plutôt bien : le colis sera par exemple calé avec du papier kraft).

Selon le Code de l’Environnement (art. L541-1), un déchet est « tout résidu d’un processus de production, de transformation ou d’utilisation, toute substance, matériau, produit ou plus généralement tout bien, meuble abandonné ou que son détenteur destine à l’abandon ». Autrement dit, tout élément qui est abandonné est un déchet. (source : site Futura Planète).

Il faudrait donc ne pas oublier que : produire un bien de consommation génère des déchets, acheter génère des déchets, de transports par exemple, commander en ligne génère des déchets, d’électricité ou d’utilisation d’internet notamment etc. Les déchets sont loin de se limiter aux emballages ou à ce que l’on met à la poubelle.

Tout ce que nous achetons est un déchet en puissance

“Le meilleur déchet est celui qu’on ne produit pas” : cette maxime est désormais bien connue ! Qui dit “produire” qui “consommer”, les 2 sont interdépendants n’est-ce pas ?

Ne l’oublions pas, la 1ère règle d’une démarche zéro déchet est “refuser”, autrement dit “apprendre à dire non”. Non à ce qu’on veut nous donner ou nous vendre et non aussi à soi-même, à nos besoins parfois compulsifs, souvent inutiles.

Je ne dis pas qu’il ne faut plus acheter un vélo ou une voiture, une télé ou un ordinateur, un bijou, une brosse à dent ou autre. Mais nous pouvons réfléchir à nos achat et les faire davantage en conscience. Cela permet souvent de “refuser” beaucoup de nos achats ou de les “réduire” donc de réduire nos déchets : ceux issus de leur production, transformation ou utilisation. Réduire aussi les déchets que nous ajoutons à la planète en “abandonnant” ceux que nous avons achetés. Tôt ou tard, nous savons bien que ce que nous possédons finira à la poubelle, peut-être pas dans 1 an, 10 ans ou même 50 ans … mais un jour ou l’autre à l’échelle de notre planète !

Parce que nous ne pouvons pas nous arrêter totalement de consommer, nous pouvons acheter différemment en adoptant 2 habitudes : prendre conscience de ce que nous achetons et acheter d’occasion.

Prendre conscience de ce que nous achetons (provenance, matériau, recyclabilité)

bouteilles eau verre

Acheter une gourde en inox c’est bien mais si elle est fabriquée dans de “mauvaises conditions”, à l’autre bout de la planète, sommes-nous certains que le bilan global est vraiment positif ou sommes-nous en droit de penser que nous sommes tombés dans les effets d’une mode du zéro déchet ?

Suivre une démarche zéro déchet, c’est souvent se prendre la tête et les pieds dans le tapis : vaut-il mieux privilégier le local ou le “sans emballage” ? le bio ou le vrac (bon ok, il existe les 2 de plus en plus) ? le local ou le recyclable ? On tire sur un fil et c’est toute une pelote qui se déroule !

Je considère de plus en plus : que le local est à privilégier d’abord autant que possible (en terme de déchets, d’économie, de relations humaines etc).

S’intéresser aux emballages et bannir le plastique est la base mais le zéro déchet n’a pas de sens, selon moi, si on ne tient pas compte d’autres facteurs en terme d’empreinte écologique :

  • la provenance de ce qu’on achète,
  • le ou les matériaux utilisés
  • la “recyclabilité” de ce qu’on achète

Autrement dit, essayons de ne pas juste se laisser entraîner par une mode, la mode du zéro déchet.

Acheter d’occasion

Le marché de l’économie circulaire est gigantesque. Tout existe déjà ou presque d’occasion, c’est impressionnant ! Alors, avant de faire un achat neuf, pourquoi ne pas prendre le réflexe de regarder s’il n’en existe pas déjà une version d’occasion ?

Nous avons commencé à prendre de plus en plus cette habitude avec ma famille. Nous faisons toujours une recherche préalable sur Le Bon Coin ou sur Vinted pour les vêtements. Ce sont les 2 sites que nous utilisons le plus pour acheter mais aussi pour vendre. Car le réflexe à prendre est aussi de ne pas immobiliser chez soi des affaires dont on ne sert plus. Mieux vaut les (re)mettre dans le circuit de l’économie circulaire autant que possible, soit par le don à des associations comme Emaüs, soit par la vente, en ligne ou pendant des trocs et puces, des vide greniers etc. Si nous n’utilisons plus un objet, il peut en revanche être utile à quelqu’un d’autre, ce qui évitera un achat neuf, donc de générer de nouveaux déchets comme nous l’avons vu.

Acheter ou vendre d’occasion présente beaucoup d’avantages en dehors de celui de réduire nos déchets : principalement celui de gagner de l’argent ! Cela permet aussi de prendre le temps de la réflexion sur ses achats plutôt que de succomber aux affres du “tout, tout de suite, d’un simple clic” auquel Amazon notamment nous a habitué de façon pernicieuse. Alors tu vas me dire que la plateforme vend aussi de l’occasion. C’est vrai et j’y avais également naïvement recours pour des achats d’occasion jusqu’à ce que je regarde le reportage consternant diffusé par l’émission Capital en début d’année. Depuis, j’ai décidé de  boycotter la marketplace pour ses pratiques peu écologiques, sans oublier ses pratiques peu éthiques et peu sociales, et j’en passe.

Et toi, que penses-tu de la mode du zéro déchet ? Et quelles sont tes habitudes pour réduire tous les déchets liés à tes achats ?

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Chibi
Invité

Oh mais je suis tellement d’accord avec ce que tu dis! Il y a quelques semaines, de mon côté, j’avais publié sur “la mode de bloguer sur le minimalisme”. On a vu fleurir mille articles là-dessus ces derniers mois et parfois, je trouve que c’est juste se moquer du monde… Comme ici, quand tu parles d’achats qui seraient au départ bien intentionnés mais qui ne sont pas utiles et qui servent à servir un business du “zéro déchet” (ce qui est paradoxal, on est bien d’accord!). Dernier pétage de plomb en date sur Instagram pour moi: une marque a créé… Lire la suite »

Lise Iria
Invité
Lise Iria

Bonjour,

Je suis SI heureuse de constater que je ne suis pas la seule à avoir cette sensation “d’effet de mode” du ZD. Cela fait plus de 3 ans que j’en parle autour de moi, fais des efforts de mon côté (avec mon très modeste budget d’étudiante) et depuis 2/3 mois, les gens “s’y mettent” parce que c’est tendance aujourd’hui de parler écologie et de montrer qu’on fait des gestes pour la planète.
Cela montre une vrai chose : les gens n’ont pas encore VRAIMENT conscience de l’urgence écologique et de la nécessité de changer de mode de consommation de façon radicale.

Maria
Invité
Maria

Perso,l achat d occasion fait parti de mon ADN.. 37 aujourd’hui, vides greniers découverts vers 14/15 ans environ..ça commence à faire..pour moi ,mes petites et mon conjoint (Nous avons 3 filles..)aucun probleme, quel plaisir d acheter d occas puis de donner ou de revendre quand les vêtements ou autres ne conviennent plus,par contre avez vous une idee pour lobotomiser ma fille de 13 ans (qui est au fait de plein de choses concernant le zéro déchet mais pas niveau vêtements.. encore que..le site vinted deviendrait presque son meilleur ami..),si vous avez de bonnes idees, je suis preneuse!à bon entendeur!!!