Désencombrer pour passer au zéro déchet

Dans une démarche zéro déchet, l’étape préalable du tri et du désencombrement n’est pas obligatoire mais je la conseille fortement : elle présente plusieurs intérêts pour se lancer dans le ZD, je vais vous expliquer pourquoi.

Il existe plusieurs façons plus ou moins radicales d’aborder le tri et le désencombrement. Je vous livre un aperçu de leurs avantages et inconvénients respectifs (à mon avis) et la méthode que nous avons personnellement retenue chez nous.

La phase de désencombrement

Avant de chercher à éliminer et à réduire vos déchets, je vous conseille l’étape préalable du tri et du désencombrement. Cette étape peut paraître fastidieuse et vous vous dîtes peut-être comme nous « pas besoin, je n’ai pas grand chose, je trie régulièrement ». Or l’étape du tri et du désencombrement est non seulement une excellente entrée en matière dans le zéro déchet mais elle fait même partie intégrante de la démarche en lui donnant de solides bases durables.

La prise de conscience

Trier permet tout d’abord de prendre conscience.

Prendre conscience de tout ce qu’on accumule inutilement : des stocks de denrée alimentaires (« on a prévu une guerre ou une tornade ? »), de produits ménagers (« oh mais regard y’a encore un flacon tout derrière »), de tout ce qu’on garde depuis si longtemps « au cas où », de tout ce qu’on a acheté et dont on s’est lassé (en déco, en techno, etc), de tout ce qu’on entrepose (« le temps de faire construire l’extension ou de déménager »).

Prendre conscience par la même occasion de tout ce qui représente tôt ou tard un déchet qui sera jeter.

Prendre conscience des matériaux synthétiques qui sont devenus notre quotidien : surtout du plastique.

Prendre conscience de notre société de (sur)consommation et de nos bonheurs conditionnés à ce que nous achetons et possédons (les cadeaux de Noël, les bijoux, les technologies « jetables », les « consommables »).

J’ai vécu le tri de ma maison comme une overdose (mais aussi comme une grande libération justement). Suffisamment pour m’écoeurer et me « vacciner » pour longtemps je crois.

Moi qui croyait que nous n’avions « pas tant que ça », je n’en ai pas cru mes yeux : nous avons jeter des poubelles, donner des cartons, vendus des quantités de meubles et d’objets ! Le dire et le comprendre est une chose, le vivre en est une autre !

Pour d’autres, la prise de conscience concerne les déchets potentiels qui nous entourent : en effet nous croyons souvent qu’ils n’existent que dans notre cuisine. Gabrielle me disait à ce propos : « Dans mon cas, j’ai surtout percuté que je faisais uniquement attention aux basiques : nourriture, produits d’entretien etc…. Alors qu’on produit beaucoup d’autres déchets (dans mon cas, c’était beaucoup d’objets qui servent à rien et de matériel high tech) ».

La prise de conscience est une base fondamentale de la démarche ZD et de son mode de vie minimaliste.

L’apprentissage

Trier et désencombrer permet également d’apprendre : se poser des questions, découvrir la composition des matériaux et des matières, découvrir les filières de recyclage, comprendre les matière à privilégier, commencer à envisager des solutions alternatives, etc …

Tout est à apprendre et à réapprendre surtout si vous êtes, comme moi, la génération du « jetable » qui sous le couvert de la libération de la femme dans les tâches ménagères a basculé dans la sur-consommation et a perdu en route certaines connaissances et compétences (cuisiner, jardiner, se guérir, etc).

La transition vers un nouveau mode de vie minimaliste

En prenant le temps de trier vos affaires, de désencombrer vos placard, vous êtes en train de faire de la place à … de la légèreté et de la liberté, un nouveau mode de vie centré sur l’essentiel ! Il y a un effet « reset » : on a envie de repartir sur de nouvelles bases toutes « propres », toutes « neuves », avec le sentiment de reprendre le pouvoir sur sa vie, sur les marques et le marketing, sur l’avenir de nos enfants et de la planète. On s’est mis en route et il n’y aura pas de marche arrière : on se sent vivant !

Mais comment s’y prendre concrètement ?

Les méthodes de tri et de désencombrement

Béa Johnson

Dans son livre, la papesse française du zéro déchet installée à San Francisco prône une méthode de tri plutôt radicale : tout jeter pour repartir de zéro, sur de nouvelles bases.

Que ce soit dans la cuisine ou la salle de bain, elle préconise donc de jeter (ou recycler/donner/vendre bien sûr) tous ses produits à base de plastique : produits d’entretien, gels douche, cosmétiques mais aussi ustensiles et contenants comme nos tupperwares et autres boites plastiques … Même si vos produits ne sont pas terminés, même si vous vous servez de vos ustensiles ou de vos boîtes.

Le bien-fondé de cette méthode s’explique en terme de marché et de production : le zéro déchet, c’est le pouvoir du porte-monnaie, notre pouvoir de consommateur ! En arrêtant (= refuser) ou en diminuant (=réduire), nos achats « plastiques », autrement dit en orientant nos choix de consommation vers moins de déchets et plus de qualité (pour notre santé, pour l’environnement), nous impactons directement le marché économique : moins d’achats = moins de demande = moins de production à venir, c’est la loi de l’offre et de la demande. Quel est le rapport, me direz-vous, avec le fait de jeter/recycler/donner/vendre ses affaires ? Si vous jetez à la poubelle (même pour recycler) :  pas beaucoup. Mais si vous donnez ou vendez, vous alimentez le marché d’occasion, un marché parallèle, qui a un impact sur le marché du neuf. Donc en donnant vos tupperwares à votre famille ou vos amis, par exemple, vous évitez qu’ils en achètent neufs et vous « court-circuitez » en quelque sorte la demande donc l’appel à production. Vous saisissez l’idée ?

Pour les produits non terminés, Béa Johnson explique que continuer à se servir de produits mauvais pour notre santé et la planète n’a pas de sens et que même si notre pot de crème nous a coûté cher, il vaut mieux privilégier tout de suite sa santé et celle de la planète (les produits pouvant aller dans l’eau par exemple).

Si vous souhaitez aller plus loin, lisez le livre de Béa Johnson. Vous pouvez vous le procurer à la bibliothèque ou médiathèque la plus proche de chez vous, auprès d’amis l’ayant déjà lu ou l’acheter en version papier ou numérique.

Marie Kondo

La célèbre méthode de tri de Marie Kondo repose sur une idée géniale : garder seulement ce qui nous procure de la joie. Ce qui est vraiment novateur dans son approche c’est ce critère « joie » : on ne garde plus ce qui est pratique, ce qui a de la valeur financière, ce qui « pourrait peut-être me servir un jour » ou ce que « je pourrais remettre un jour », etc, MAIS uniquement « ce qui me procure de la joie à l’instant T ».

Pour savoir si une chose vous procure de la joie, elle conseille de prendre le temps de tenir cette chose contre vous, sur votre coeur, et de ressentir ce qu’elle vous procure comme sentiment ou émotion : tout autre sentiment que de la joie (par exemple le fait de ne rien éprouver de particulier) vous indique que vous pouvez vous séparer de cette chose. Il arrive aussi qu’un objet vous ait procuré de la joie un temps donné et que ce sentiment s’estompe ou disparaisse : il est temps selon Marie Kondo, d’origine japonaise, il est important de le savoir, de remercier cet objet pour ce qu’il vous a apporté et de lui dire au-revoir.

Evidemment, plus nous trions des objets à « affect » plus il devient difficile de ressentir la « vraie joie » et de se séparer d’affaires qui ne nous procureraient pas vraiment de la joie mais ont un tel capital « affectif » qu’ils nous « trompent » sur les raisons pour lesquelles on les garde. C’est le cas par exemple des photos ou autres souvenirs. C’est pour cela que Marie Kondo préconise un ordre bien particulier dans le tri pour partir du plus facile à ce qui l’est moins et ainsi s’entraîner au départ à ressentir et à reconnaître la joie. Voici cet ordre si cela vous intéresse : vêtements, livres, papiers, objets divers et objets de valeur sentimentale.

Ce qu’il y a d’intéressant avec le tri par la joie, c’est que vous allez conserver tout ce qui vous procure de la joie, même si vous ne vous en servez pas ou ne le portez plus.

Si vous souhaitez aller plus loin, lisez le livre de Marie Kondo. Vous pouvez vous le procurer à la bibliothèque ou médiathèque la plus proche de chez vous, auprès d’amis l’ayant déjà lu ou l’acheter en version papier ou numérique (je n’ai pas lu la 1ère version du livre de Marie, la 2ème entre davantage dans la méthodologie de rangement je pense). 

On peut dire que ces 2 méthodes sont assez radicales pour opérer le tri et le désencombrement chez vous.

Il est possible de trier et désencombrer avec des variantes et des méthodes plus progressives.

Voici les avantages et les inconvénients aux 2 façons de faire.

Les avantages/inconvénients de la méthode radicale

Tout jeter/recycler/donner/vendre a plusieurs avantages :

  • cela permet de passer rapidement au zéro déchet et c’est vrai qu’une fois qu’on a « ouvert les yeux » sur ses déchets et le plastique qui nous entoure, c’est plus simple de « sauter » complètement le pas . Dit autrement : cela peut s’avérer compliqué de continuer à utiliser des produits dont on sait qu’ils sont néfastes (pour soi et la planète) et qu’on n’utilisera plus à l’avenir (cela produit comme un conflit de « valeurs »),
  • à partir du moment où on n’a plus, on est obligé de trouver des solutions alternatives : pas le choix ! Et souvent c’est dans la contrainte que nous sommes le plus ingénieux et créatif.

Mais cette méthode présente aussi des inconvénients :

  • passer radicalement au zéro déchet représente un coût d’investissement. Il faut acheter de nouveaux contenants et ustensiles, se fournir en cosmétiques et produits d’hygiène qui, s’ils sont moins cher à l’usage (ils durent plus longtemps), sont souvent plus chers à l’achat,
  • au-delà du budget d’investissement, on se retrouve à devoir trouver des solutions « en masse ». Trouver de nouvelles alternatives, faire ses nouveaux achats (par exemple d’occasion sur Le Bon Coin), trouver de nouvelles boutiques, etc, demande du temps ! (Je ne résiste pas à un « mais » : mais peut être tellement plaisant, satisfaisant et en vaut la peine !!),
  • la démarche zéro déchet impacte toutes les pièces de sa maison et son quotidien, toutes les occasions comme les anniversaires ou les diners entre amis, ses vacances aussi et aborder le zéro déchet de manière radicale peut générer du stress et du découragement face à la montagne de changements à opérer : on voit toujours tout ce qu’il reste à faire (et en effet, la tâche est conséquente). Le risque majeur est donc d’abandonner son objectif ZD, ce qui est dommage, car chaque pas compte !

Les avantages/inconvénients de la méthode progressive

Bien que Béa Johnson et Marie Kondo prônent des méthodes assez radicales, elles préconisent néanmoins un tri par pièce ou par famille d’objets. D’une certaine manière, il y a tout de même une progression dans leurs démarches.

Vous pouvez en effet opter pour le tri d’une pièce de votre maison et choisir une autre pièce quelques temps plus tard. Il se peut que vous ne soyez pas gêné(e) par la « cohabitation temporaire » d’une pièce ZD et d’une autre non.

De même que vous pouvez trier selon votre joie certaines de vos affaires seulement : vos vêtements ou vos bibelots par exemple.

Plusieurs personnes qui se lancent dans une démarche zéro déchet préfèrent également terminer leurs produits avant de les jeter pour ne pas les « gaspiller ». Evidemment on pourrait dire que cela revient au même de jeter d’un coup (méthode radicale) ou sur une durée plus longue (méthode progressive) car la quantité de déchets au final sera la même. Théoriquement oui, mais ce n’est pas aussi « simpliste » que cela en a l’air comme vous pourrez le voir dans les avantages de la méthode progressive.

Vous pouvez aussi opter pour la possibilité d’un « tas indécis ». Par exemple, dans votre tri de vêtement vous pouvez mettre de côté ceux pour lesquels vous n’arrivez pas à prendre de décision (garder ou non) : si au bout d’un certain temps (par exemple une saison), vous n’avez pas porté un vêtement mis de côté, vous pouvez considérer que vous pouvez le jeter/recycler/donner/vendre, la décision est prise et vous n’aurez pas de risques de regret.

A chacun de trouver le curseur qui lui correspond pour se sentir bien.

Les avantages de la méthode progressive :

  • elle permet une transition en « douceur », plus économique et plus sereine, surtout si vous êtes d’un naturel perfectionniste (vouloir appliquer un ZD « total »), anxieux ou encore conservateur,
  • elle laisse du temps pour pratiquer le « pas à pas » et aborder tranquillement les nouveaux défis qui vous attendent les uns après les autres,
  • pour sensibiliser les membres de votre famille éventuellement les plus « réticents » , mieux vaut opter pour la douceur que la « radicalité » (on n’entraine personne avec soi par la contrainte),
  • en choisissant de finir vos produits, vous jetterez des contenants vides, et si les consignes de tri de votre commune sont étendues, comme c’est notre cas, ils seront recyclables, ce qui n’est pas le cas pour des contenants pleins.

Les inconvénients existent aussi dans la méthode progressive :

  • passer au zéro déchet est long, cela risque de l’être encore plus, ce qui peut vous décourager sur le long terme ou vous empêcher de réellement mettre en oeuvre les changements nécessaires
  • la cohabitation du ZD avec du non ZD peut être bizarre, spécial voire dérangeante pour certains
  • le risque majeur est de ne pas aller au bout de la démarche et de ses objectifs et que le « naturel » de ses anciennes habitudes reprenne le dessus.

Notre choix

A la maison, nous avons opéré un mix : plutôt radical dans la cuisine mais progressif pour la salle de bain par exemple. Il s’agit là de choix personnels, il n’y a pas de « bonne » ou de « mauvaise » façon d’appliquer le zéro déchet, seulement celle qui vous convient. Et un pas vers une réduction de ses déchets est un pas important et précieux quoi qu’il en soit !

Nous avons commencé par la cuisine, pièce centrale chez nous et qui nous semblait générer le plus de déchets donc dans laquelle nous avions vraiment envie d’en voir disparaître le maximum. Le désencombrement a été radicale pour 2 raisons : nous obliger à changer nos habitudes et réduire notre encombrement en vue de notre déménagement dans une maison 2 fois plus petite.

Nous avions aussi la conviction qu’en donnant nos ustensiles en plastique nous contribuerions à en réduire la production. Et puis il faut bien le dire : quel plaisir pour les yeux que les bocaux en verre et les ustensiles en inox !

Se faire plaisir fait aussi partie de la démarche pour créer une « compensation » et éviter au maximum la frustration.

Notre façon de procéder a été radicale pour les jouets des enfants, mais progressive pour les vêtements, même si nous en avons donné beaucoup lors de notre 1er tri mais tous les membres de la famille n’ont pas forcément réduit leur pile de linge au même niveau.

Nous avons terminé nos produits ménagers et nos stocks alimentaires, ainsi que nos produits d’hygiène et cosmétiques. Pour ces derniers, nous avions des produits de bonne qualité donc nullement le sentiment de nuire à notre santé (mais nous nous trompons peut-être complètement !). Malgré le temps que cela nous prend de venir à bout de nos stocks, personnellement je ne me résigne pas au gaspillage : viser le zéro déchet en commençant par en produire davantage est contre nature pour moi ! Il nous a fallu plusieurs mois pour écouler nos stocks et il nous en reste encore : c’est incroyable ! Pour la plupart de nos produits nous sommes passés à une alternative zéro déchet ou presque (déchets recyclables).

Mais, je vous avoue que j’ai vraiment hâte de finir mon pot de crème pour le visage (que je mets moins en plus !).

Est-ce que le tri et le désencombrement vous tentent ?

Quelle a été votre façon de procéder ?

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