Le zéro déchet n’existe pas

Retour de vacances de mes enfants : ils me racontent, un peu dépités, une discussion de famille à propos de notre/leur démarche zéro déchet :

« Le zéro déchet est impossible sinon il faudrait arrêter de rouler, de s’éclairer, de respirer ! ».

A 11 ans 1/2 et 9 ans 1/2, mes enfants n’ont pas su que répondre ni comment réagir, trouvant certainement un sens logique à l’argument (ce qui est le cas si on prend les choses au pied de la lettre bien sûr).

Un « horizon » volontairement ambitieux

Depuis le 1er septembre 2016, nous avons pris un virage familial dans notre mode de vie et de consommation : nous avons choisi de concentrer notre attention, nos actions et nos efforts pour réduire de façon « visible » nos déchets et donc notre impact sur notre environnement. Notre objectif familial est volontairement ambitieux pour maintenir notre progression constante et voir concrètement nos résultats : progresser vers le zéro déchet. Oui j’ai bien écrit « vers » car je sais bien que le zéro n’existe pas, nous le savons tous je pense, non ? Soyons honnête ! Il ne m’est jamais apparu utile jusqu’à présent de préciser que la démarche Zéro Déchet était un « horizon » vers lequel nous marchons pas à pas, un « idéal » vers lequel nous essayons de tendre. Même si nous savons bien que nous l’atteindrons jamais, « tendre vers » est déjà un sacré enjeu et donne des résultats motivants !

Tout ou rien ?

Alors oui on parle de « zéro déchet » parce que c’est la philosophie qui nous guide dans notre vie quotidienne et que nous faisons un « raccourci » pour ne pas ajouter à chaque fois le « presque« . Or il existe des personnes qui vous feront toujours remarquer que « le zéro n’existe pas, que c’est un objectif impossible et même non souhaitable ». C’est vrai. Nous sommes tout à fait en accord avec cela.

Est-ce que cela veut dire pour autant que nous devons abandonner tout effort de réduction, toute démarche d’amélioration, fermer les yeux, continuer de faire comme si de rien n’était, ne rien changer pour que rien ne change ? Pourquoi répondre à un soit-disant extrême par un autre ? En quoi l’argument est-il constructif, surtout avec des enfants ? Chacun est libre de ses opinions et sûrement que pour certaines personnes notre démarche est vaine, utopiste voire ridicule ? Mais elle ne change rien à leur vie et chacun reste libre de choisir la façon dont il souhaite vivre et consommer.

Le zéro déchet questionne chacun dans ses choix

Je me suis demandée ce qui motivait une telle réaction : sans doute que notre démarche questionne et renvoie chacun face à ses propres choix, peut-être dérange-t-elle ceux qui préfèrent « ne pas voir », « ne pas savoir » ou « ne pas faire » pour garder leur « tranquillité », sûrement qu’elle choque ceux qui raisonnent à court terme et à leur échelle de vie, peut-être que des enfants sont d’autant plus faciles à déstabiliser (et de ce fait permettent aisément de renforcer des positions « contre ») qu’ils « suivent » la direction impulsée par leurs parents ? Les miens, ne voyant que le bien dans cette démarche (je vous invite à découvrir le 1er anniversaire ZD que nous avons organisé pour Titouan ou à tester notre recette best-seller du caramel au beurre salé), n’ont pas compris ce type de réactions.

Attentisme ou volontarisme ?

Certainement que l‘enjeu environnement et l’ampleur de la situation nous dépassent, que nous sommes bien petits pour les affronter et les résoudre. Sans doute sommes-nous, à l’échelle de notre planète, ridiculement impuissants. Oui c’est probable et c’est ce que la lucidité de mes enfants les a, au départ, poussé à me dire :

– Mais maman, nous n’allons pas pouvoir sauver la planète à nous tout seuls !

– Evidemment mes enfants, personne ne vous demande de porter un fardeau aussi absurde qu’impossible, mais …

J’ai beaucoup attendu du politique à tous les niveaux, dans tous les partis, des responsables, des experts, des scientifiques, des leaders etc. On nous informe, on nous sensibilise, on nous avertit, on nous incite MAIS à mon niveau je ne palpe pas de changements concrets et je reste (trop) passive.

La démarche ZD m’a donné l’immense satisfaction de me sentir actrice d’un changement, de contribuer à mon niveau, de « faire ma part, d’inspirer d’autres dans les mêmes petits changements qui peuvent avoir, collectivement, d’importants impacts, remonter et inciter ceux « plus haut » (les industriels, les politiques, …) à bouger, à réagir, même s’il s’agit d’une réaction économique pour répondre à un nouveau marché et gagner de l’argent.

Mon pouvoir aujourd’hui est celui de mes choix de consommation (ou de non-consommation !) : j’utilise ma carte-bleue pour exprimer ces choix, signifier mes demandes. Seule, je suis une goutte d’eau dans l’océan, mais nous sommes des milliers de gouttes et le massage porté par nos actions commence à se voir : des boutiques en vrac éclosent ici et là, ce n’est pas encore suffisant pour faire flancher les grandes surfaces mais elles souffrent déjà d’une baisse de fréquentation, des associations voient le jour, des livres deviennent des best-sellers, des groupes naissent sur les réseaux sociaux et réunissent des milliers de personnes qui se soutiennent, s’entraident, des films tiennent le haut de l’affiche, etc. La liste des initiatives « qui partent d’en bas » est longue et c’est dans la puissance de cette « vague » que je crois. J’en fais partie, nous en faisons partie, quelle joie !

zéro déchet impossible

Donner du sens à sa vie au quotidien

Me sentir actrice d’un changement, d’une amélioration, me comble au quotidien : cette démarche m’apprend, m’ouvre les yeux, me redonne du pouvoir sur ma vie tous les jours.

Mes enfants : nous ne sauverons pas le monde à nous seuls, mais nos actions comptent « pour de vrai » additionnées à celles de tous les autres, engagés dans le ZD ou que nous inspirerons en chemin. Et nous pourrons dire que nous avons choisi d’agir, de regarder en face et de changer d’abord chez nous ce que nous voulons voir changer dans le monde !

Le zéro déchet n’existe pas, le zéro déchet est impossible, mais à notre échelle nous touchons du doigt ses contours et sa réalité tous les jours, c’est pour ça que nous le faisons ! (petit clin d’oeil à la célèbre citation de Mark Twain « Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait »).

5 commentaires


  1. Très bel article Cécile
    J’essaye moi aussi jour après jour de faire du mieux que je peux et de l’inculquer à mes enfants.
    Il n’y a que comme ça que nous verrons le changement.
    Chacun avance à son rythme mais l’important c’est de les sensibiliser et leur montrer l’exemple
    La preuve en est : ils font des pique-nique zéro déchet à l’école !!!!
    Merci pour tout ce que tu nous apportes
    Au plaisir de te lire !!!!
    A bientôt

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    1. Merci Sevedu29 ! Oui les enfants comprennent vite (eux) et savent bien ce qui est est juste pour eux ou non 😉
      Le changement viendra par eux, c’est sûr !
      A bientôt, bisous

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  2. Bonsoir Cécile,

    Je suis une adolescente de presque 17ans et ai officiellement appris que j’étais zèbre (ma mère aussi du coup) il y a peu (avec comme toi, des phases de doutes, de grandes remises en questions, de contre arguments, ce que tu décris dans ta dernière vidéo…).
    J’ai découvert ton blog ZD à travers ta chaîne youtube, notamment ton vlog où tu déposes tes bouchons.
    Zébrée comme je suis, ça a été de suite le déclic : une discussion rapide avec ma mère et hop! 30 bocaux Le Parfait sur Le Bon Coin plus tard et la démarche était lancée. Ma mère et moi sommes à fond, cette démarche englobe et cristallise nos valeurs et nos convictions profondément humanistes. Depuis fin juin, nous avons pris un virage de plus, un tournant de vie.
    Nous habitons à côté de Rennes et allions déjà à la Biocoop et à notre petit magasin de producteurs bio mais, comme toi, nous ne savions pas comment agir au quotidien et à notre échelle, que cela soit vis à vis de la pollution, de l’environnement… Cela nous paraissait tellement titanesque… plus on mesurait l’ampleur des dégâts (à travers docus, infos régulières, conférences, émissions, vidéos, articles…) moins l’on savait par quel bout prendre ça… De nouveau manifester pour interpeller les politiques devenant soudainement sourds ? Une COP22 ? Une COP23 ? Une COP24 ? C’est MAINTENANT qu’il faut agir. Pas dans 1 an, pas dans 5 ans, pas en parlant (si, mais pour éduquer les populations, sensibiliser les citoyens et citoyennes, les enfants, les écoles, les industries, les magasins, en donnant des conférences, en organisant des débats citoyens…)
    Cette démarche me donne un sentiment d’utilité quotidien, me fait me remettre en question sur mes réels besoins, mon mode de vie (qui était déjà très sobre et minimalisme)…
    Ma mère a fabriqué la lessive, le liquide vaisselle, moi le dentifrice… Compostage, plus de poubelle dans la salle de bain.
    Action après action, prise de conscience après prise de conscience…
    Le fait d’être autonome sur des produits du quotidien me remplit de satisfaction.
    Qu’est-ce que c’est agréable de récolter et déguster les tomates, courgettes, salades et aubergines du jardin, se reconnecter avec la nature, la Terre… Revenir à l’essentiel, au minimalisme, être actrice, donner du sens à sa vie comme tu l’as résumé.

    Merci Cécile pour ce bel article plein d’humanité. Continuez, toi et ta famille, de semer des graines par vos actions, aussi infimes soient elles, elles germeront et donneront de magnifiques arbres qui redonneront l’air et la pureté que l’être humain moderne a pris à notre si belle planète bleue.

    Et de toute façon…. A la fin, c’est nous qu’on va gagner!

    PS : j’espère que vous pointerez le bout de vos nez à la conférence ZD de Béa Johnson le 21 septembre à Pont-Péan!

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    1. Bonjour Mélody, merci infiniment pour ton message qui me transporte de joie ! Evidemment que nos rayures anticonformistes ont à voir avec le ZD (c’est pour ça que je suis en train de refondre mon site principal cecilebonnet.com pour unifier mes différentes activités puisque à leur racine il y a le même « moteur » ;-)).
      J’aimerais tellement rencontrer BJ, qui a été mon déclic et reste ma référence principale ! J’habite un peu loin et je ne sais pas encore si je pourrai me libérer … Si c’est le cas, je te ferai signe 😉 Au plaisir

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    2. Je serai à la conférence de Béa Johnson à Pont-Péan, je n’ose pas y croire !

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